l’autre moi

10 07 2008

cette méthode (de Sainte-Beuve) méconnaît ce qu’une fréquentation un peu profonde avec nous-mêmes nous apprend: qu’un livre est le produit d’un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices. Ce moi-là, si nous voulons essayer de le comprendre, c’est au fond de nous-mêmes, en essayant de le recréer en nous, que nous pouvons y parvenir.

…En quoi le fait d’avoir été l’ami de Stendhal permet-il de le mieux juger? Le moi qui produit les oeuvres est offusqué pour ces camarades par l’autre, qui peut être très inférieur au moi extérieur de beaucoup de gens.

en aucun temps, Sainte-Beuve ne semble avoir compris ce qu’il y a de particulier dans l’inspiration et le travail littéraire, et ce qui le différencie entièrement des occupation des autres hommes et des autres occupations de l’écrivain. Il ne faisait pas de démarcation entre l’occupation littéraire, où, dans la solitude, faisant taire ces paroles, qui sont aux autres autant qu’à nous, et avec lesquelles, même seuls, nous jugeons les choses sans être nous-mêmes, nous nous remettons face à face avec nous-mêmes, nous tâchons d’entendre, et de rendre, le son vrai de notre oceur, et non la conversation!

En réalité, ce qu’on donne au public, c’est ce qu’on à écrit seul, pour soi-même, c’est bien l’oeuvre de soi. Ce qu’on donne à l’intimité, c’est-à-dire à la conversation (si raffinée soit-elle, et la plus raffinée est la pire de toutes, car elle fausse la vie spirituelle en se l’associant : les conversation de Flaubert avec sa nièce et l’horloger sont sans danger) et ces productions destinées à l’intimité, c’est-à-dire rapetissées au goût de quelques personnes et qui ne sont guère que de la converations écrite, c’est l’oeuvre d’un soi bien plus extérieur, non pas du moi profond qu’on ne retrouve qu’en faisant abstraction des autres et du moi qui connaît les autres, le moi qui a attendu pendant qu’on était avec les autres, qu’on sent bien le seul réel, et pour lequel seuls les artistes finissent par vivre, comme un dieu qu’ils quittent de moins en moins et à qui ils ont sacrifié une vie qui ne sert qu’à l’honorer.

Proust, Contre Sainte-Beuve





the genius is in the grammar

9 07 2008

Je lis seulement à l’instant … l’article du distingué critique de La Nouvelle Revue française sur “le Style de Flaubert”. J’ai été stupéfait, je l’avoue, de voir traiter de peu doué pour écrire, un homme qui par l’usage entièrement nouveau et personnel qu’il a fait du passé défini, du passé indéfini, du participe présent, de certains pronoms et de certaines prépositions, a renouvelé presque autant notre vision des choses que Kant, avec ses Catégories, les théories de la Connaissance et de la Réalité du monde extérieur….. Read the rest of this entry »





Berlin for Paris flat swap

15 05 2008


Living room looking out (3 views)

living room facing out

living room with door to bedroom

Living room looking in

bedroom


kitchen





paradoxe du bouquiniste

15 04 2008

Quiconque fréquente les bouquinistes trouve sur leurs rayons une image de la pensée française du XVIIIe siècle bien différente de celle à laquelle il estpréparé par l’enseignement reçu. Durant ses études on ne lui guère parlé, pour cette époque, que d’auteurs soit franchement opposés au fait religieux, soit ne l’envisageant que comme caution de la moralité, mais toujours adversaires des religions constituées,  et plus encore des orthodoxies. Si on lui a parlé d’un écrivain exprimant les vues d’une Eglise, ce n’est qu’en tant que repoussoir, comme Mgr de Beaumont qui n’est cité que pour sa condamnation de Rousseau et pour introduire à la lettre-défense de celui-ci, ou l’abbé Bergier qui ne sert qu’à faire ressortir l’originalité de Rousseau ou de d’Holbach. Read the rest of this entry »





Helplessness

11 04 2008

In this regard, we should mention C.P. Richter’s (1957) striking findings on the sudden death of wild rats. Richter discovered that after he had squeezed wild rats in his hand until they stopped struggling, they drowned within 30 minutes of being placed in a water tank from which there was no escape, unlike nonsqueezed rats, who swam for 60 hours before drowning.

Martin Seligman, Helplessness (1975) p. 59





beautiful systems

13 03 2008

Max Horkheimer hat noch 1919 Max Weber in der Münchner Universität erlebt. Wie wenig der Theoretiker der Idealtypen über die konkrete geschichtliche Situation zu sagen wusste, ist noch dem alt gewordenen ehemaligen Studenten im Gedächtnis geblieben. 1965 erinnerte sich Horkheimer nach einem Referat des berühmtesten amerikanischen Weberianers Talcott Parsons an seine “krasse Enttäuschung”, die ihm und seinen befreundeten Kommilitonen damals Max Webers Definitionen des Rätesystems bereitet hatten: “So präzise war alles, so wissenschaftlich strenge, so wertfrei, dass wir ganz traurig nach Hause gingen.”

Detlev Claussen: Theodor Adorno,  Ein Letztes Genie





Minimundo

24 12 2007

O Demônio da Coca-cola

– Eu sou o demônio da Coca-cola! Filho do Líquido Negro, Senhor de Todas as Bolhinhas de Gás! Arauto do Prazer Gaseificado!
– Eu sempre achei que era bom demais pra ser verdade — disse um dos rapazes, colocando o copo da lado.
– Eu disse pra não esfregar a garrafa — falou o outro.
O Demônio abreu os braços, surpeso.
– Mas vocês têm direito a três pedidos!
– Opa — disse o rapaz, pegando o copo de volta.

Bernardo Moraes, Minimundo (Colleção 2000, Instituto Estadual do Livro)





l’inconscient est orphelin

24 09 2007

Pourtant le moi, c’est comme papa-maman, il y a longtemps que le schizo n’y croît pas. Il est au-delà, il est derrière, dessous, ailleurs, mais pas dans ces problèmes-là. Et là où il est, il y a des problèmes, des souffrances insurmontables, des pauvretés insupportables, mais pourquoi vouloir le ramener à ce d’où il est sorti, le mettre dans ces problèmes qui ne sont plus les siens, bafouer sa vérité à laquelle on a cru suffisament rendre hommage en lui donnant un idéal coup de chapeau? On dira que le schizo ne peut plus dire moi, et qu’il faut lui rendre cette fonction sacrée d’énonciation.

“Je ne dirai plus moi, je ne dirai plus jamais, c’est trop bête. Je mettrai à la place, chaque fois que je l’entendrai, la troisième personne, si j’y pense. Si ça les amuse. Ça ne changera rien.” Et s’il redit moi, ça ne change rien non plus. Tellement hors de ces problèmes, tellement au-delà.

Car enfin, il ne faut rien se cacher, Freud n’aime pas les schizophrènes, il n’aime pas leur résistance à l’oedipianisation, il a plutôt tendance à les traiter comme des bêtes.

Avant d’être l’affection du schizophrène artificialisé, personnifié dans l’autisme, la schizophrénie est le processus de la production du désir et des machines désirantes.

D&G l’anti-Oedipe





Deleuze & Guattari, L’anti-Oedipe

18 09 2007

Quand Lévi-Strauss définit le bricolage, il propose un ensemble de caractères bien liés : la possession d’un stock ou d’un code multiple, hétéroclite et tout de même limité ; la capacité de faire entrer les fragments dans des fragmentations toujours nouvelles ; d’où découle une indifférence du produire et du produit, de l’ensemble instrumental et de l’ensemble à réaliser. La satisfaction du bricoleur quand il branche quelque chose sur une conduite électrique, quand il détourne une conduite d’eau, serait for mal expliquée par un jeu de “papa-maman ” ou par un plaisir de transgression.  La règle de produire toujours du produire, de greffer du produire sur le produit, est le caractère des machine désirantes ou de la production primaire : production de production.

[Puppet Stayman, Jacoby transfers, Gerber, Blackwood, multi-colour 2-diamond, the possession & manipulation of a limited code, its appropriation]





Barthes/Chancel

11 08 2007

Moi je préfère bien entendu de beaucoup l’écriture à la parole. La parole me gêne, parce que j’ai toujours peur de me théatraliser quand je parle, j’ai peur du théâtre, j’ai peur de ce qu’on appelle l’hystérie, j’ai peur en parlant de me trouver entrainé à des coups d’oeil complices, à des clins d’oeil,

à des concessions

Non pas vraiment à des concessions mais à des, comment dirais-je, à des séductions plus ou moin complaisantes, et j’ai peur de la parole, voyez vous, mais d’autre part bien sûr dans la vie actuelle il faut accepter la parole, il faut savour jouer le jeu.
Roland Barthes in interview with Jacques Chancel, Radioscopie, 1975, part 2, 12:19, here